Mardi 27 août : La tragédie de Carmen

Carmen Cristelle Gouffé
Micaëla Sabine Riva
Don José Jeremy Duffau
Escamillo Laurent Arcaro

Issu de l’école de chant de l’opéra de Paris, Christian Papis est un des meilleurs ténors français de sa génération. Il enseigne le chant au CRR de Perpignan-Méditerranée.

Après avoir interprété le rôle de Don José dans Carmen plus de soixante fois, il a décidé de mettre en scène la tragédie de Carmen. La musique de Georges Bizet est toujours bien représentée ainsi que ses librettistes Meilhac et Halevy d’après la nouvelle de Mérimée.

La tragédie de Carmen

Une bohémienne séduit un officier. Il l’aime jusqu’à aller en prison pour elle. Quand il sort, elle le délaisse pour un torero. Alors, comme il l’a laissée lui prendre sa vie, il choisit de lui prendre la sienne. C’est le pouvoir de l’art de transcender le fait divers pour toucher au tragique, et ce fut l’art de Bizet de transformer le récit de Mérimée en cette haletante danse d’amour et de mort. La création de Carmen en 1875 à l’Opéra-Comique fut un échec relatif parce que, comme toutes les grandes oeuvres de l’histoire de l’opéra, Carmen dépassait son public. Ce n’est qu’après la mort de son compositeur que l’oeuvre prit l’ampleur que nous lui connaissons : celle d’un monde contenant l’Espagne, perçue au XIXème siècle comme une nouvelle terre de fantasmes, et cette mystérieuse bohémienne dans laquelle Bizet vit le désir à l’état brut libéré de la morale. Un désir au-delà du bien et du mal qui devait emporter l’enthousiasme de Nietzsche. Dans son Cas Wagner, le philosophe préféra le soleil de Séville aux brumes du Nibelung : « J’ai entendu vingt fois le chef-d’œuvre de Bizet et je me suis senti chaque fois plus philosophe… » Bizet plus profond que Wagner ? Encore fallait-il nettoyer sa musique des espagnolades sous lesquelles l’avaient ensevelie un siècle de relectures successives. C’est ce que s’employèrent à faire Peter Brook, Jean-Claude Carrière et Marius Constant, en resserrant le noeud dramatique, dans un respect remarquable de la partition. Leur bien nommée Tragédie de Carmen s’inscrit dans la lignée du tragique le plus pur, où les personnages et le public sont emportés par ce tourbillon que chante Carmen. C’est aussi ce que s’emploie à faire la mise en scène de Chloé Latour : en réactualisant l’oeuvre, en interrogeant le mythe de la bohémienne, en révélant l’envers du décor, en grattant le verni superficiel du tableau dans lequel Carmen a été emprisonnée, pour libérer à nouveau son insatiable désir.